
Le sursaut civique des Français ne s’est pas résolu à la fatalité électorale, qui aurait permis à Nicolas Sarkozy et à ses zélés lieutenants de rejouer la même partition droitière, en l’amplifiant. Une infinie clairvoyance, dont on mesure les bienfaits à la lumière de la nouvelle polémique haineuse sur "les drapeaux rouges et étrangers" brandis à la Bastille, et attisée, à l’unisson, par des porte-flingues amers de l’UMP et le FN. Loin des inflexions démagogiques du président vaincu qui appelait ses troupes, dimanche soir, à respecter le choix du peuple souverain, Nadine Morano a manqué cruellement de dignité démocratique en déclarant, sur Europe 1, à la vue des étendards non tricolores :
"Ça ne me rassure pas beaucoup, a-t-elle ajouté.
Je me dis : voilà quelle est la France qu'on va nous construire avec le droit de vote des étrangers (...) Cette démonstration n'était pas engageante ni réjouissante pour la France que nous avons à construire." 11 mai : 13:59

Viande halal dans les cantines, horaires de piscine... Quand Nicolas Sarkozy dénonce le risque de communautarisme lié au droit de vote des étrangers voulu par François Hollande, il ne parle en fait que des musulmans. S'adresser aux communautés juive ou arménienne ne lui a pas posé problème. Analyse de Pascal Boniface, directeur de l'IRIS. Pour Nicolas Sarkozy, le communautarisme, c’est comme le cholestérol : il y a le bon et le mauvais.Dans le débat l'opposant à François Hollande, mercredi 2 mai 2012, Nicolas Sarkozy a réitéré l'argument selon lequel accorder le droit de vote aux immigrés pour les scrutins locaux risquerait de provoquer un vote communautaire. Comme l'a souligné François Hollande dans sa réponse, c’est avant tout le vote musulman que le président visait. Il serait en effet dommage et même contraire à la conception républicaine de la démocratie que les citoyens fassent dépendre leur vote du seul critère de leur appartenance communautaire. Mais ce risque existe-t-il seulement pour les immigrés musulmans comme semble penser Nicolas Sarkozy ?
06 mai : 10:17

L'importance du vote pour Marine Le Pen accable et surprend. On cherche des explications. Le personnel politique y va de sa sociologie portative : la France des gens d'en bas, des provinciaux égarés, des ouvriers, des sous-éduqués, effrayée par la mondialisation, le recul du pouvoir d'achat, la déstructuration des territoires, la présence à leurs portes d'étranges étrangers, veut se replier sur le nationalisme et la xénophobie.C'est déjà du reste cette France
"retardataire" qu'on accusait d'avoir voté non au référendum sur le projet de Constitution européenne. On l'opposait aux classes moyennes urbaines éduquées et modernes, qui font tout le sel social de notre démocratie bien tempérée.Disons que cette France d'en bas est quand même, en la circonstance, le baudet de la fable, le pelé et le galeux "populiste" d'où nous vient tout le mal lepéniste. Etrange, au demeurant, cette hargne politico-médiatique contre le "populisme". Le pouvoir démocratique, dont nous sommes si fiers, serait-il allergique à ce qu'on se soucie du peuple ? C'est l'avis dudit peuple, en tout cas, et de plus en plus.
06 mai : 09:39

La crise économique favorise l'augmentation du racisme et de la xénophobie, estime dans un
rapport, jeudi 3 mai, l'organe de lutte contre le racisme du Conseil de l'
Europe, qui appelle les Etats européens à
"agir" contre la banalisation du discours hostile aux immigrés.
"La réduction des prestations sociales, la diminution des offres d'emploi et l'augmentation conséquente de l'intolérance à l'égard des groupes d'immigrés et des minorités historiques" sont les
"tendances inquiétantes" constatées par la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI) dans son rapport annuel 2011. Elle invite les gouvernements
"à renforcer la capacité des instances nationales de défense des droits de l'homme, au lieu d'utiliser la crise économique comme motif de réduction de leurs ressources". Elle appelle également les responsables politiques à
"résister à la tentation de céder aux préjugés et aux peurs déplacées".
04 mai : 08:02
C’est entendu : l’électeur lepéniste souffre. De Rachida Dati à Ségolène Royal, de Hollande à Sarkozy, tout le monde le dit, partout : la France qui vote FN, c’est la France qui souffre, et il faut entendre cette souffrance. Et en un sens, c’est vrai. Oui, les électeurs du FN sont des gens qui souffrent, et oui, leur souffrance doit être entendue. Elle doit, cela dit, être entendue pour ce qu’elle est. Car ce n’est pas du chômage, de la précarité, de la misère économique et sociale que souffrent ces électeurs –du moins pas tous (loin de là), et pas plus (bien au contraire) que les autres électorats ou que les abstentionnistes.Toutes les enquêtes statistiques le confirment, depuis des années : ces électeurs-qui-souffrent se répartissent sur toute l’échelle sociale, des plus bas aux plus hauts revenus, dans des proportions à peu près équivalentes à celles de la société dans son ensemble, et les catégories sociales sur-représentées dans cet électorat ne sont pas tant les chômeurs ou les ouvriers que les fonctionnaires de police et les artisans-commerçants-chefs d’entreprise (les scores impressionnants du FN chez les ouvriers et les chômeurs n’étant qu’un
effet d’optique trompeur lié à l’abstention : les ouvriers et les chômeurs ne votent pas plus que la moyenne pour le FN, mais ils votent moins que la moyenne pour les autres candidats, et sont sur-représentés chez les abstentionnistes et les non-inscrits).
29 avril : 11:36